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Énergies

Cycle de conférences-débats

Les énergies : leurs natures, leurs utilisations sont au cœur de débats qui se développent dans les sociétés industrialisées. Que sont-elles ? Quelle est l'histoire de ce concept ? Quels convertisseurs furent et sont utilisés ? À quelles fins ? Avec quelles utilisations ? Que sont les « énergies » collectives ? Ce sont à ces questions, et à bien d’autres, que tenteront de répondre les conférences de ce cycle, menées en partenariat avec l'association science en livre (ASEL).

Programme

Les conférences se tiennent, selon les cas, au CERLA ou à LILLIAD. Les deux bâtiments se situent sur le site de la Cité Scientifique de l'université de Lille.

Si cette icône apparaît sur l'illustration, cliquez dessus pour visionner l'enregistrement de la conférence.

10 mars 2020, LILLIAD, 18h00

Bruno Jacomy, Énergie et force motrice : de l'homme producteur à l'homme consommateur.

Répondant: Bernard Maitte

Illustration Algria

L'énergie est une notion moderne pour un objet aussi ancien que l'humanité. Qu'il s'agisse de force mouvante, de travail ou de puissance, la finalité est toujours de mettre à profit ce que la nature nous offre pour réaliser des actions utiles, de répondre à des besoins élémentaires des hommes.
L'évolution des usages énergétiques des sociétés s'est constamment orientée dans deux dimensions complémentaires. D'une part accroître la force disponible en passant, par exemple, de la traction animale au tracteur thermique, d'autre part utiliser cette énergie disponible en tout lieu et à tout moment, soit en transmettant cette énergie par des moyens mécaniques ou électriques, soit en la stockant, que ce soit dans des réservoirs d'eau ou dans des batteries.
La mise au point de techniques de transport d'énergie a constitué, dès le début du XIXe siècle, un enjeu industriel et économique de premier ordre, en passant de l'univers de l'usine à celui des villes puis de l'ensemble des territoires, grâce notamment à l'avènement de l'électricité et de ses réseaux interconnectés. Cette utilisation universelle de l'énergie, longtemps cantonnée à ces réseaux filaires, est à présent étendue aux usages nomades, avec les progrès constants en matière de piles et de batteries, qui ouvrent la porte à de nouvelles mobilités.
Évidemment se pose aujourd'hui la question cruciale des limites physiques à cet usage planétaire de l'énergie, tant en matière de ressources que de matériaux. Mais celle-ci peut-elle être résolue, sans comprendre comment et pourquoi l'homme a eu recours aux différentes ressources disponibles, depuis les premiers temps de l'humanité ?

Bruno Jacomy est conservateur en chef honoraire du patrimoine. Il a dirigé la rénovation scientifique du Musée des arts et métiers à Paris (1989-2005) et a été directeur scientifique du Musée des Confluences, à Lyon (2005 à 2016), dont il a assuré la création. Il a publié Une histoire des techniques (Paris, Seuil, Points-Sciences, 1990 et 2015); L'âge du plip : chroniques de l'innovation technique (Paris, Seuil, Science-Ouverte 2002).

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil).

07 avril 2020, LILLIAD, 18h00

Jean-Marc Lévy-Leblond, L'énergie après Einstein : Pour comprendre « eu égale emme cé-deux »

Répondant: Bernard Maitte

Illustration Sydney Harris

La formule E = mc2 est sans aucun doute la plus connue et la moins bien comprise de toute la physique. Elle a fait l'objet de tant d'exégèses, commentaires et dissertations, qu'elle est comme masquée par une épaisse gangue d'interprétations, souvent fallacieuses. C'est que, contrairement à nombre d'autres aspects de la physique contemporaine (en théorie quantique, par exemple), la formule d'Einstein se prête à une certaine mythification, voire parfois mystification, en raison même de sa simplicité – apparente. On peut difficilement imaginer une relation plus rudimentaire que celle qui lie trois grandeurs, E, m, c, avec au surplus le seul petit nombre 2.
Cette trompeuse simplicité a certainement joué pour beaucoup dans l'engouement dont elle a été l'objet, et l'a rendue souvent aussi fumeuse que fameuse. La difficulté en l'occurrence est la suivante : les grandeurs qu'elle fait intervenir, soit E, m, c, renvoient à des concepts semble-t-il communs - l'énergie, la masse, la vitesse. Or, précisément, toute la révolution théorique initiée par Einstein montre que ces termes doivent être pris en un sens qui s'écarte assez fortement de leur sens initial.
Il faut donc se livrer à un sérieux travail de décapage et commencer par expliciter ce qu'elle ne veut pas dire avant que de pouvoir l'élucider.

Jean-Marc Lévy-Leblond est Professeur émérite de l?université de Nice-Sophia Antipolis. Physicien et philosophe, il dirige les collections Science-Ouverte, Points-Sciences et Sources aux éditions du Seuil, a fondé et dirige la revue Alliage, est l'auteur de nombreux ouvrages et essais sur les sciences, et l'épistémologie des sciences.

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil).

05 mai 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Bernard Pourprix, La naissance de la physique de l'énergie. Joule, Kelvin, Helmholtz et les autres.

Répondant: Olivier Moreau

Illustration B. Pourprix

L'énergie a été un des concepts physiques les plus difficiles à construire. Il a lentement émergé au travers de multiples travaux dans des domaines divers, menés par des chercheurs de cultures et de traditions différentes. Rien de commun entre les vues de l'Anglais Joule et celles de l'Allemand Mayer qui, au même moment, déterminent l'équivalent mécanique de la chaleur. Helmholtz, avec sa physique de la force (Über die Erhaltung der Kraft, 1847), fait la jonction entre les deux voies, newtonienne et leibnizienne, de la dynamique et prépare ainsi la voie à la physique de l'énergie. Chez Thomson (Kelvin), l'idée de dégradation irréversible de l'énergie vient s'adjoindre à celle de conservation. Son Treatise on Natural Philosophy (1867) fait la promotion d'une science de l'énergie purement britannique ; la théorie dynamique de l'électromagnétisme de Maxwell s'inscrit dans ce cadre conceptuel. Avec les travaux des maxwelliens, centrés sur l'idée de transfert d'énergie, les liens qui unissaient l'énergie à la matière se distendent et apparaît une sorte de réification de l'énergie. Pour Ostwald, c'est dans l'énergie que s'incarne le réel ; il substitue au mécanisme une nouvelle science unifiée de la nature, l'énergétique. Ce dynamisme outrancier irrite Planck, qui se tourne alors vers la nouvelle physique statistique de Boltzmann ; sa découverte des quanta d'énergie en 1900 est le fruit inattendu de ses recherches thermodynamiques sur les fondements des processus irréversibles.

Bernard Pourprix est professeur honoraire d'histoire des sciences et d?épistémologie à l?université de Lille.

Olivier Moreau est docteur en astrophysique, responsable scientifique au Forum départemental des Sciences

19 mai 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Rosa Caron, L'énergie psychique au prisme de la psychanalyse au XXe siècle : Freud, Jung et Lacan

Répondant: Francis Danvers

L'existence d'une énergie psychique, hypothèse fondamentale de la théorie psychanalytique, est née dans un contexte très organiciste. Fortement influencé par le modèle de la neurophysiologie du 19e et des sciences de son époque, Freud a proposé une première métaphorisation de l'appareil psychique et de l'énergie qui le traverse, avant de revisiter sa théorie à la lumière des évènements de la première guerre mondiale. Il analyse alors les relations complexes qui unissent la guerre et la mort, ce qui annoncera bien des développements ultérieurs et inscrit la psychanalyse dans son articulation avec le lien social. Quel regard le concept d'énergie psychique, nous permet-il de poser sur les nouvelles formes de lien social et les mouvements sociaux inédits qui traversent notre société? Alors que l'émergence d'une violence sournoise, devenue ordinaire infiltre toutes les dimensions du champ social et de notre contemporanéité, le concept d'énergie psychique pourrait-il être une indéniable source d'inspiration pour saisir les logiques de ces nouvelles formes de violences et les enjeux psychiques qui les sous-tendent ?

Rosa Caron est Maitre de Conférences HDR en psychopathologie et psychologie clinique à l'Université de Lille, EA3522.

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA.

02 juin 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Jean-Paul Delahaye, Dépense électrique, blockchains et monnaies cryptographiques.

Répondant: Bernard Maitte

Illustration Jean-Paul Delahaye

Inventées il y maintenant plus de dix ans, les crypto-monnaies n'existent que sous forme numérique. Elles sont émises et fonctionnent de manière décentralisée sans qu'aucune autorité – État ou banque centrale – ne soit nécessaire. La première d'entre elles est le fameux bitcoin dont aujourd'hui la valeur cumulée des unités qui circulent sur les réseaux dépasse cent milliards d'Euros. Une question est de savoir si elles se substitueront aux monnaies comme l'euro ou le dollar, ou si des formes de crypto-euro ou de crypto-dollar seront mises en circulation par les banques centrales elles-mêmes comme on en l'envisage depuis quelques mois. Un problème grave se pose à leur sujet : la consommation électrique du réseau qui les fait fonctionner et en assure la protection. Peut-on éviter cette énorme dépense électrique équivalente à la production de plus de 5 réacteurs nucléaires ? Est-ce que cela concerne plus généralement toute la technologie des « blockchains » née avec les crypto-monnaies et qui permet de partager des informations de manière sécurisée et donne naissance à de nombreuses autres applications non monétaires ?

Jean-Paul Delahaye est mathématicien et informaticien. Il est professeur émérite à l'Université de Lille et membre du laboratoire CNRS Cristal. Il est auteur de nombreux livres et tient la rubrique « Logique et calcul » de la revue Pour la science.

Bernard Maitte est Professeur émérite à l'université de Lille. Fondateur et premier directeur du Forum des Sciences, il est l'auteur de nombreux ouvrages dont Histoire de l'arc-en-ciel (Seuil) et Une histoire de la lumière de Platon au photon (Seuil).

Archives

04 février 2020, Amphi Pierre Glorieux, CERLA, 18h00

Jacques Lemière, Le soulèvement des Gilets jaunes. Quelles nouveautés politiques ?

Répondant: Francis Danvers

Photo Jacques Lemière

Depuis leur irruption le 17 novembre 2018, puis leur ténacité sur les ronds-points, dans les manifestations du samedi, dans les assemblées ayant pris la place des ronds-points interdits par la police, et dans leurs actions diverses, le soulèvement des Gilets jaunes constitue un événement politique.
À ce titre, il est convenu d'en souligner la nouveauté, et les commentaires ne manquent pas. Mais le noyau subjectif de ce qui constitue sans douter une énergie nouvelle dans la vie politique du pays n'est, le plus souvent, pas caractérisé. C'est ce qu'on se propose de faire ici.
On le fera en s'appuyant sur une expérience partagée avec des Gilets jaunes des Hauts-de-France, et on adossera l'analyse sur des documents photographiques saisis, depuis janvier 2018, dans des manifestations régionales ainsi que dans les Assemblées des assemblées des Gilets jaunes de Montceau-les-Mines (juin 2019) et Montpellier (novembre 2019).

Jacques Lemière est membre associé du CLERSE (Centre lillois d'études et de recherches sociologiques et économiques), UMR 8019 CNRS Université de Lille, Campus Cité scientifique.

Francis Danvers est professeur émérite des universités, vice-président de l'université populaire de Lille et président de l'ALEA.